30 octobre 2006

Chapitre 4 - L'approche

La vie professionnelle m'avait tenu éloigné de Paris.

Durant les quelques jours passés dans la capitale, je ne décollais pas de mon bureau.

La compétition était rude. Même si les projets affluaient, il convenait toujours d'être prudent. Un gros projet remis en question et c'était toute la trésorerie du bureau qui flanchait d'un seul coup.

En rentrant d'un déplacement sur Lyon -ville dans laquelle grâce à un excellent réseau de connaissance, j'avais quelques projets-, je découvrais un message sur mon répondeur téléphonique.

-          Ici Hélène. As-tu bien digéré les huîtres ? Moi ça va, merci d'avance. A très bientôt….mon rayon de soleil. Gros bisous.

A mon tour j'entendais sa douce voix sur le message d'accueil de son répondeur. J'aurais préféré un son en direct ! Néanmoins, je rassurais Hélène quant à ma digestion et lui demandais de me rappeler à toute heure du jour ou de la nuit.
Deux jours plus tard, nous nous rencontrions.

C'était un vendredi soir et aucun de nous deux ne travaillaient le lendemain. Enfin, pour une fois, je faisais une exception et ne me rendrais à mon bureau que durant l'après midi.

Un rapide dîner à Planet Hollywood sur les Champs Elysées précéda une longue attente pour une séance de cinéma. Impatient comme des enfants, nous décidâmes de boycotter le cinéma et traversant les Champs, nous nous retrouvâmes assis autour d'une table du Fouquet's, juste en face.

Nos GET 27 en mains, Hélène me posait mille questions sur mes derniers déplacements, notamment à San Francisco.

Avides de voyage, elle se sentait frustrée dans son travail de n'avoir que de trop rares occasions de mouvements, essentiellement en province, pour l'instant …

Pour ma part, je lui exprimais le désir de découvrir sa région d'origine, la Bretagne, puisque paradoxalement compte tenu de la distance depuis Paris, je ne m'étais jamais rendu dans cette région française.

Hélène aimait sa ville natale et savait faire partager cet amour pour cette gracieuse capitale située sur les bords de la Vilaine.

-          Rennes s'ouvre sur le monde. C'est une capitale de région, un pôle universitaire possédant un important centre de recherche, m'indiqua-t-elle.

-          Explique-moi un peu plus…

Connaissant mon goût pour l'architecture, Hélène m'apprit qu'en réhabilitant le patrimoine architectural, la municipalité avait rajeuni le paysage urbain, autrefois grisâtre, du Rennes historique.

Pressée par mes questions, elle me raconta la vaste campagne de rénovation des maisons datant du Moyen-Age, dans le quartier Champ-Jacquet, autour de la place du même nom entre les halles et le palais du département. Ce programme avait touché plus de mille immeubles, d'où émerge la cathédrale St-Pierre.

Avec passion, Hélène me décrivit l'architecture un peu austère et uniforme des maisons de granit bordant de belles rues rectilignes. L'ensemble avait été élaboré par un architecte parisien après le terrible incendie du début du XVIIIème siècle ravageant tout le centre ville pendant cinq jours et cinq nuits.

Un réel désastre.

Ses descriptions me donnaient envie de prendre le premier TGV en partance pour Rennes.

Des coups de foudre du même genre, j'en avais eu quelques uns durant ces dernières années. Avec Laurent, nous dépensions nos maigres économie en voyages imprévus.

Le jeudi soir, sur une idée de l'un ou de l'autre, nous décidions où nous passerions le week-end suivant. Ainsi, nous avions découvert au hasard de nos envies : Londres, Nice, Amsterdam, Bordeaux, Rome,…

A chaque fois, il récidivait : et si nous quittions Paris ? A croire qu'il s'y ennuyait. Son besoin de mouvement et de découverte était encore plus fort que pour moi.

Et à chaque fois je lui répétais : non Laurent, sois un peu réaliste. Tu ne vas pas quitter tout ce que tu viens de construire dans ta vie amicale et professionnelle.

En définitive, il ne m'avait pas écouté et j'avais cru percevoir une pointe de regret lors de notre dernière rencontre.

Pour ma part, lors de cette soirée passée à écouter Hélène, j'aurais tout quitté sur le champs si elle me l'avait demandé.

Je la sollicitais : il faudra que tu me fasses découvrir tout ça.

-          Avec grand plaisir. Mais Monsieur est tellement pris que le plus compliqué sera d'accorder nos agendas !

Nos verres vides, nous restions longuement à contempler les passants déambuler devant nous sur le trottoir.

-          Vendredi prochain, je suis invité chez Florent, un ami. C'est une surprise organisée par sa copine, Nathalie. Je souhaite lui acheter un CD. Tu m'accompagnes, on traverse chez Virgin ?

Bras dessus dessous, comme de vieux amoureux, nous traversons les Champs Elysées. En fait, nous aurions pu tous les deux dire "nos" Champs, tant nous aimions les Champs et cette merveilleuse ville de Paris.

Nous restâmes près de deux heures à flâner, à écouter différentes musiques sur les casques prévus à cet effet. Enfin, connaissant les goûts de Florent, j'arrêtais mon choix sur un double CD de best off de Mikaël Jackson.

Descendant en direction de la Concorde, nous passâmes devant le Queen, la célèbre boîte de nuit très parisienne et très en vogue actuellement.

Une irrésistible envie me poussa à entrer.

Questionnant Hélène :

-          Tu connais ?

-          Non, me répondît-elle, mais depuis le temps que j'en entends parler, j'aimerai bien découvrir cette ambiance, au moins une fois.

-          A cette heure-ci, c'est beaucoup trop tôt. Il faut venir vers une ou deux heures du matin. L'ambiance est alors délirante jusqu'à l'aube. Et d'ajouter : mais il est préférable de venir la semaine, l'ambiance est toute autre, plus conviviale que le week-end bien trop surpeuplé.

-          Tu sembles bien renseigné. Je croyais que c'est une boîte gay.

-         

Mon cri de réponse la cloua sur place : Non pas du tout !

Stupéfaite, elle me regarda comme interloquée.

Désireux de ne pas la fâcher et m'en voulant de m'être ainsi laissé emporter, j'ajoutais d'un ton mi-plaisantin : mais il est vrai que si la vue de deux garçons ou deux filles dansant ensemble ou s'embrassant te choque, ce n'est pas le lieu à choisir. Pour autant la population est très cosmopolite.

Hélène cru bon de me préciser :en effet ce type d'établissement n'est peut-être pas pour moi; je ne suis pas encore assez mûre.

Pour la première fois je sentis la présence d'un voile entre nous deux.

Heureusement, la vibration de mon téléphone mobile offrit un intermède bienvenu.

-          Hé Laurent.

M'avertissant de la signature de l'acte d'achat, cet après-midi même chez le notaire et avec son ami Rick, de la maison vue ensemble à San Francisco, il souhaitait que je revienne très rapidement.  Rick et lui avaient besoin de mes lumières sur leur aménagement. D'après Laurent, je les avais fait rêver, je devais maintenant concrétiser.

-          Je te fax deux ou trois propositions de journées disponibles demain de mon bureau. En ce moment je suis sur les Champs avec Hélène, la fille dont je t'ai parlé . Je n'ai pas mon agenda avec moi.

-          D'accord, mais fais vite mon Le Corbusier adoré.

-          Bisous mon p'tit loup, à plus.

Je perçus le regard interrogateur d'Hélène quant à de telles marques d'affection entre deux hommes, mais sans rien dire elle m'enlaça par la taille et nous poursuivîmes notre chemin.

Parvenant sur le bas des Champs Elysées, nous avons découvert une étonnante exposition de sculptures en pleine air.

Nous avions vu des affiches annonçant l'événement, mais ni l'un ni l'autre ne nous en souvenions.

Malgré l'heure tardive, nous en avons parcouru l'essentiel, des deux côtés de l'avenue.

Comme dans toutes les expositions, à mes yeux, il y avait des sculptures intéressantes et d'autres plus banales.

Néanmoins, le prestige du lieu, servant de cadre à celle-ci, rendait l'ensemble grandiose.

L'obélisque de la Concorde trônait en bout d'exposition, illuminé d'un bleu dur du plus bel effet.

L'ensemble était un enchantement visuel.

Que Paris était belle la nuit sous sa robe de lumière !

Une heure du matin approchait lorsque nous terminions notre visite et à cette heure-ci, Hélène présentait d'évident signes de fatigue.

Aussi, je lui proposais de la raccompagner en voiture jusqu'aux Buttes Chaumont, lieu de son pied à terre.

Elle me remercia et je m'obligeai de rajouter : en tout bien tout honneur.

En nous quittant, nous nous sommes promis de ne pas attendre si longtemps avant de nous revoir.

Un baiser fougueux, dans le hall de son immeuble, scella cette volonté commune.

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