30 octobre 2006

Chapitre 1 - La révélation

-          Tu le savais ? Comment avais-tu deviné ?

-          L’intuition féminine, Bertrand. Tout simplement.

Nos regards s’accrochèrent. Y passa toute notre affectueuse connivence, faite d’amour, d’amitié et de tendresse.

Ainsi Hélène avait compris depuis longtemps. Je croyais que je venais de me trahir, mais il y avait longtemps que je me trahissais, sans m’en rendre compte. L’intuition féminine… j’en avais entendu parler, mais je n’avais jamais vraiment cru à son existence.

Allongé sur le lit, à côté d’Hélène, je suivais le vagabondage de mon esprit. Celui d’Hélène vagabondait aussi, sans doute, mais certainement pas vers les mêmes horizons. Une chose était sûre : rien ne serait plus comme avant.

Donc, Hélène savait, et elle ne m’avait rien dit, rien laissé paraître. Il me vint l’idée qu’en cela, elle était devenue ma complice, en quelque sorte. Elle aurait pu me rejeter, maintenant, me dire qu’elle ne voulait plus de moi, et elle ne le faisait pas. A cet instant précis, je sentis que notre amour s’enrichissait, prenait une autre dimension, une autre définition, en quelque sorte.

Depuis longtemps, je pensais au moment où il faudrait avouer, dire la vérité. Et toujours je repoussais ce moment, toujours je ravalais les mots de l’aveu. Et puis en cette soirée de printemps, le besoin de faire jaillir la vérité, de la faire éclater au grand jour, avait été le plus fort. Pourquoi à ce moment précis ? Je n’en sais rien. Il faudrait pouvoir se rappeler, maintenant, la conversation que nous avions juste avant, se rappeler ce qui avait amené la révélation. Aujourd’hui, je ne sais plus.

Hélène restait silencieuse, à côté de moi sur le lit. Dans mon esprit passaient des images de ma vie, des lieux, des visages. J’avais vécu, ces dernières années, des moments forts, intenses, intimes.

Hélène, elle, c’était la douceur-même. Beaucoup plus réservée que moi, plus discrète, plus pudique. Ces traits de caractère, elle les avait conservés, bien que la vie l’ait quelque peu endurcie.

Un premier changement s’était produit dans notre vie trois ans auparavant, lorsque Hélène avait repris une activité professionnelle. Le laboratoire où elle travaillait déjà, avant cette interruption de trois années, l’avait contactée pour lui proposer un emploi. Après un entretien d’embauche de principe –il semble qu’il s’agissait surtout de justifier la non-compétence des autres candidates-, elle avait accepté le poste : chef de produit pour une ligne de cosmétiques. Une belle promotion, depuis son dernier emploi dans cette entreprise.

Elle y avait retrouvé avec plaisir ses anciennes collègues. Peu à peu, elle s’était prise au jeu des responsabilités, à ce nouveau challenge, et elle ne comptait plus le temps passé à son bureau. Notre vie en avait été un peu perturbée, au début, mais nous l’avions rapidement organisée et aménagée en conséquence.

Le lendemain de cette soirée mémorable, où j’avais fait ma révélation, qui n’en était pas vraiment une, le lendemain de cette soirée où j’avais fait connaissance avec l’intuition féminine, la vie continuait comme avant. Du moins en apparence. J’étais toujours amoureux d’Hélène, et je ne pensais pas cesser un jour de l’être. Elle était la seule fille avec qui j’avais jamais vécu. Néanmoins, au fils des semaines et des mois, notre amour se métamorphosa, tout en conservant ce qui faisait ses fondations : séduction réciproque et complicité muette.

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