30 octobre 2006

Chapitre 7 - Les amis

Ma rencontre avec Hélène m’avait, ainsi que je l’ai déjà dit, éloigné de mes amis. Même si n’en rencontrais encore quelques uns, de temps en temps, ce n’était plus comme avant.

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Avec les amis les plus proches et les plus intimes, j’organisais des soirées improvisées au dernier moment, auxquelles Hélène se joignait, en fonction de son propre emploi du temps. Des autres amis, je n’avais plus de nouvelles. Ils étaient repartis dans l’anonymat de ces endroits sordides où chacun se cherchait, où chacun s’épiait, mais où tous venaient à la recherche d’un plaisir éphémère et sans lendemain, et où les sentiments n’avaient pas leur place. Il est certain pourtant qu’à force de fréquenter ces lieux, une complicité naissait du plaisir de s’y retrouver pour discuter et ainsi rompre une solitude trop pesante, pour s’évader du quotidien et des difficultés de la vie. Ce genre d’établissements avaient toujours existé, de tous temps. Mais avec l’évolution des mœurs, ils n’étaient plus cachés. On peut même dire que certains avaient pignon sur rue.

On y trouvait tous les styles d’hommes, des jeunes aux plus âgés. Les contacts étaient plus simples qu’autrefois, et les jeunes n’avaient plus à vivre leurs pendants dans l’ombre, des penchants certes naturels, mais encore peu admis.

Suite à ces rencontres, quelques uns parvenaient à rester ensemble pendant un week-end, quelques semaines ou quelques mois, voire plusieurs années. C’est ce que j’avais vécu, avec Laurent, bien avant de rencontrer Hélène.

Le plaisir des hommes me manquait. Aussi, peu à peu, et malgré ma liaison avec celle que j’aimais sincèrement de tout mon être, je reprenais contact avec quelques anciennes rencontres. Sous le prétexte de travailler tard le soir pour des concours ne se préparant que dans l’extase de la nuit, -c’est ce que je disais à Hélène-, je retrouvais mes premières amours. Je redécouvrais l’ambivalence de mon corps et de mes pulsions sexuelles. Je ne pouvais pas m’en empêcher. C’était une drogue nécessaire à ma survie. Il fallait que je sente le corps chaud d’un homme contre le mien, que je goûte à la douceur de ses lèvres.

Un soir, alors que je remettais de l’ordre dans mon agenda électronique, du fait de la nouvelle numérotation à dix chiffres, je tombai sur le numéro de Loïc. Malgré l’heure déjà tardive, je m’enhardis à composer son numéro, et, d’un coup, tout me revint en mémoire. De splendides clichés m’apparaissaient : son humour décapant, le flash de ses yeux saphir, l’insistance de son regard lors de notre première rencontre. C’était à l’occasion de l’anniversaire d’Elodie, une amie commune. Alors que nous étions assis, Loïc et moi, côte à côte  sur un des canapés de l’immense appartement d’Elodie, donnant sur le Parc Montsouris, la jambe de Loïc était venue se coller contre la mienne. Je n’avais pas retiré la mienne. Nos cuisses étaient restées collées ainsi pendant une bonne partie de la soirée.

-          Allo, Loïc ?

-          Oui…

Je tressaillis, en entendant sa voix.

-          Ici c’est Bertrand.

Loïc était le premier garçon pour qui j’avais éprouvé un sentiment sincère et durable. Je revoyais son corps élancé, ses cheveux bruns coupés courts, les traits fins et réguliers de son visage, ses yeux rieurs. Ingénieur de formation, un stage de longue durée à l’étranger l’avait séparé de moi, après quelques mois de colocation.

Loïc était seul, ce soir-là. Après l’échange de banalités d’usage, il m’invita à venir boire un verre chez lui, rue de Seine. Nous avions tant à nous raconter !

En riant, comme à son  habitude, il me dit :

-          La nuit n’y suffira pas !

A mon premier coup de sonnette, il apparut dans l’embrasure de la porte, sobrement vêtu d’un 501 délavé et d’une chemisette à carreaux. Il était toujours aussi beau.

Mais ce n’était pas l’essentiel.

Il y avait autre chose, qui émanait de sa personne. Quelque chose qui allait bien au-delà de la beauté. Il était lumineux, pétillant et merveilleux. A côté de lui, les autres hommes paraissaient ternes.

Loïc vivait entouré de beaux livres, dans un appartement avec du parquet et des plantes vertes. La musique, du raï, était douce.

La soirée aussi fut douce. Les alcools se succédaient et Laurent me pressa de rester jusqu’au lendemain.

-          J’ai peur, seul la nuit, dit-il en souriant.

Au petit matin, au moment de nous séparer pour nous rendre chacun à notre travail, je lui demandai :

La nuit a-t-elle suffi, à tout raconter ?

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